Grâce aux formations techniques proposées dans le projet de Frères des Hommes et du MPP, les paysans ne parlent plus seulement de survivre, mais bien de vivre. Au total, ils sont près de 3000 à avoir appris un métier. Parmi eux, 1100 sont devenus pépiniéristes ou greffeurs, 1400 sont techniciens d’arrosage en goutte-à-goutte ou techniciens en compostage et 250 sont producteurs et vendeurs de miel.
Comme le raconte Saintilma Marcelus, avant il était seulement paysan, maintenant il est aussi « boss greffeur ». Au-delà de la fierté que cela représente, ces nouvelles compétences permettent à ces agriculteurs de vendre le surplus de leur production de fruits et légumes. Ils se font aussi rémunérer pour leurs interventions (greffeur, pépiniériste, technicien …). Aujourd’hui, les paysans des communes de Hinche, Maïssade et Thomonde gagnent de l’argent et peuvent regarder l’avenir avec confiance.
Certains d’entre eux choisissent d’acheter des semences pour la récolte suivante. Pour d’autres, ce seront des outils afin de cultiver leur parcelle, ou l’achat de petit bétail - poules, cabris, porcs - pour accroître leurs revenus. Nombreux sont ceux qui veulent utiliser cet argent pour prendre en charge la scolarité de leurs enfants, au moins pour les études primaires et secondaires. Par prudence, d’autres encore préfèrent économiser au cas où le choléra viendrait toucher un membre de leur famille.
Rencontre avec Derick Joseph, « boss greffeur » de la coopérative de Marmont, commune de Hinche
Etapes du greffage
Derick est passé maître dans l’art du greffage. Comme 90 autres agriculteurs de la région, il a suivi une formation de « boss greffeur » au centre Lakay, à Papaye. C’est là que les agronomes du MPP lui apprennent comment un manguier kodoc peut donner des mangues francisques ou cornes : 2 variétés qui se vendent mieux sur le marché.
Au terme de la formation, comme tous les « boss greffeurs », Derick a reçu un kit d’outils comprenant un sécateur, un greffoir, différentes scies, du ruban à ligaturer. Depuis lors, il passe son temps à greffer des manguiers dans son jardin et dans celui de ses voisins. Une nouvelle activité qui a considérablement augmenté ses revenus. Il faut savoir qu’un arbre fruitier peut rapporter, une fois à maturité, au minimum 1500 gourdes (≈ 27 €) par an.
Les étapes du greffage
Témoignages
Accilien Witly – Colladère, commune de Hinche
Grâce à la formation, j’ai appris à préparer une parcelle. Aujourd’hui, je fais tout seul : la préparation du sol, l’installation du « bo-kit », la plantation et même la récolte. Avec ça, j’ai pu nourrir ma famille et même gagner 2125 gourdes (38€) sur une année en vendant tomates, poivrons et piments « piqués ». Grâce à cet argent, je me suis acheté une truie il y a plusieurs mois. D’ici peu, elle doit mettre bas. Avec ses porcins, s’ils sont bien développés, ça m’aidera à payer le frais scolaires de mes enfants. C’est incroyable comme cette formation a changé ma vie !
Roselène François - Losapat, commune de Thomonde
Je suis très contente de la formation que j’ai reçue et du projet qui m’a aidée à survivre. Dans ma parcelle, j’ai planté du piment, des aubergines et du chou. Avec les légumes que j’ai vendus, j’ai pu m’acheter une poule et très bientôt j’aurai plus de 8 poussins ! Grâce à ça, je vais pouvoir donner des œufs à manger à ma famille et à mes amis. Et puis j’ai pu m’acheter quelques outils. Je vais pouvoir travailler encore mieux dans mon « ti jardin » et produire plus de légumes.
| Cet article est paru au Printemps 2011 dans Témoignages et Dossiers, mensuel d’informations citoyennes réalisé par l’équipe de Frères des Hommes. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici. |



















