France/ Philippines/ Inde - Zita Cabais Obra « J’irai parler jusqu’au bout du monde pour aider les travailleurs domestiques ! »

« Je suis prête à tout donner pour aider à améliorer les conditions de vie et de travail des travailleurs domestiques » s’exclame Zita, en soulignant que « la clé du changement est en eux-mêmes, comme elle était en moi ». C’est dans le cadre de son poste de secrétaire à la Confédération française démocratique du travail (CFDT) qu’elle est allée à Bangalore à la rencontre des travailleuses indiennes en février dernier.

Ayant elle-même fait face à une situation de travail très précaire, elle se trouvait « comme en famille » parmi les participants au séminaire organisé par Fedina, partenaire de Frères des Hommes, en collaboration avec la CFDT. Elle nous a accueillis chez elle pour parler de son travail, de sa vie, de son engagement.

Zita est arrivée en France en 1994, laissant derrière elle ses 4 enfants aux Philippines, son pays d’origine. Pendant plusieurs années elle a travaillé à domicile, victime d’un employeur qui n’avait de respect ni pour sa personne, ni pour ses droits en tant qu’employée. « Si ce qui m’est arrivée en France était arrivé aux Philippines, je serai déjà morte », confie-t-elle.

Elle a réussi à s’en sortir par sa volonté inébranlable, et avec l’aide d’un syndicat affilié à la CFDT où elle travaille actuellement. Elle s’engage aujourd’hui aux côtés des syndicats français, car à ce jour « son cœur est français ». Dans le cadre du projet de la CFDT avec le réseau indien Fedina, pour l’amélioration des conditions de travail du secteur informel, Zita a trouvé sa place.

« Je cherche à obtenir la reconnaissance de ce métier qui est tellement mal vu, malgré son utilité évidente » explique-t-elle. «  Pour les gens qui travaillent devant un ordinateur, le travail à domicile n’est pas un métier décent, ni en France, ni en Inde, ni ailleurs. En Inde, comme dans beaucoup d’endroits, on part de zéro. C’est ce que j’ai fait aussi. Pourtant, je suis là où je suis aujourd’hui parce que j’ai eu la force de me battre, et je continuerai jusqu’au bout. »

Mais ce n’est pas facile de faire face à un passé comme le sien sans que les sentiments s’en mêlent : «  Devant toutes ces femmes à Bangalore, je me sentais tellement touchée par les situations qu’elles vivent, je me voyais parmi elles ! A un moment donné, je ne pouvais plus parler, j‘ai craqué complètement. En même temps, c’est grâce à ce que j’ai vécu que j’arrive à les encourager comme j’ai pu le faire. Pour cela, ça ne me gène pas d’en parler. »

Aujourd’hui, elle donne d’elle-même pour aider les travailleurs domestiques dont les droits sont niés. Elle raconte son travail à Paris, les visites à l’hôpital à la rencontre des travailleurs victimes d’accidents de travail, et chez leurs employeurs qui nient leur responsabilité. Parfois, elle loge ceux qui ont besoin de se remettre debout.

S’engager au-delà des frontières françaises, comme elle a pu le faire en Inde, est selon Zita fondamental. « En Inde, 200 personnes ont perdu leur salaire pendant 3 jours pour venir au séminaire. En France je n’ai jamais vu autant de personnes aux réunions. Cela montre l’impact de ce rassemblement ! Pourtant, même en France on a commencé à zéro, ce qu’il ne faut pas oublier. »

Pour Zita, Philippine représentant la France en Inde, le métier des travailleurs domestiques est à défendre au niveau mondial. « Des événements comme celui de Bangalore permettront de médiatiser ce qui se passe ailleurs, ce qui peut inspirer des actions concrètes. Sinon, ce n’est pas facile de savoir comment avancer. » Quant à elle-même, elle contribuera autant qu’elle le peut. « Moi, je suis prête à aller parler au bout du monde si cela peut aider », conclut-elle avec détermination.

Zita Cabais Obra (en tee-shirt jaune) avec des participants au séminaire. Zita Cabais Obra (en tee-shirt jaune) avec des participants au séminaire.

Portrait réalisé par Maya Vedeld et Thibault Simonet.

Pour en savoir plus sur le projet de défense des droits fondamentaux mis en place en Inde par Frères des Hommes et Fedina :
Inde - Droits des populations marginalisées

Cet article est paru en mai 2010 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants. Pour découvrir les autres articles de ce numéro, cliquez ici.
Mise à jour: vendredi 11 juin 2010

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