Côte d’Ivoire - Les organisations ivoiriennes construisent la paix

Cet article est paru en juin 2007 dans Résonances, mensuel d’informations citoyennes réalisé par des jeunes militants.

Les 30 juin et 1er juillet prochains, divers réseaux ivoiriens [1] se réuniront pour mettre en commun leurs initiatives en faveur d’un retour durable à la paix et pour parachever la programmation de leur mobilisation en vue des élections d’octobre 2006. Ces réseaux représentent des pans très variés de la société : ONG, mouvements de jeunes, organisations de femmes, associations de défense des droits de l’homme, syndicats, etc. Tous sont unis dans la volonté de sortir le pays de l’état de guerre larvée qu’il connaît depuis les débuts du conflit, en septembre 2002, qui a de facto abouti à la partition du pays en deux zones.

Tous unis… Loin d’être évidente, cette position de nombre d’organisations ivoiriennes constitue une avancée remarquable dans un pays où bien avant le conflit déjà, une partie de la société civile s’était largement alliée aux différents acteurs politiques, prenant fait et cause pour tel ou tel. Une stratégie qui, pour beaucoup, a fait long feu aujourd’hui, à l’heure du bilan. Ce dernier est en effet bien sombre car tout ce que le pays y a gagné, c’est l’exacerbation de tensions autour de clivages qui ont fait l’objet de dangereuses manipulations par la classe politique. Ce constat, bien qu’amer, a donc aussi joué le rôle de choc salutaire pour des hommes et des femmes qui ont conscience de l’urgence à s’engager aujourd’hui dans une autre voie.

Tous unis… Cela suppose donc de la part des organisations engagées dans ce processus courageux, l’acceptation de leurs différences d’opinion et la conviction que ces différences ne prennent pas le pas sur des valeurs communes comme le droit de vivre en paix et de choisir librement ses dirigeants. C’est autour de ces convictions que ces organisations se sont associées au sein d’une plate-forme pour définir des actions afin que les futures élections et leur préparation se déroulent dans un climat pacifié et en toute transparence.

Ce plan d’action collectif est rendu possible grâce à la mise en commun de moyens mais aussi de compétences, d’expériences et d’idées. Chacun sera ainsi impliqué dans l’une ou l’autre des actions. Certains veilleront au bon déroulement de l’identification de ceux qui peuvent se réclamer de la nationalité ivoirienne, et donc voter, dans un pays où nombre de personnes ne peuvent fournir aucun papier d’identité et ne connaissent pas les démarches administratives. D’autres mèneront des activités de sensibilisation et de formation des populations, y compris d’ex-combattants, sur la gestion pacifique des conflits et les droits et devoirs des citoyens au regard des élections. D’autres enfin, seront chargés de la mobilisation et de la formation d’observateurs électoraux.

Cette plate-forme ivoirienne représente un pas de plus dans un processus de synergie d’actions jalonné d’étapes fortes comme le Forum Social Ivoirien qui en 2004 déjà abordait le thème du rôle de la société civile dans la réconciliation nationale. Plus récemment, la rencontre de Sikasso en janvier 2006 s’est penchée sur le rôle de la société civile dans la gestion des conflits et dans la prise en compte de tous les facteurs qui ont déclenché la crise ivoirienne (questions foncières, questions de nationalité, etc.). Cette dernière rencontre, organisée à l’initiative de certains réseaux ivoiriens, a permis une ouverture vers des associations françaises réunies au sein d’un collectif pour la Côte d’Ivoire et vers d’autres organisations de la sous région (Mali, Tchad et Togo). Les acteurs ivoiriens ont ainsi bénéficié des apports et de l’expérience d’autres pays pour élaborer leur ébauche de plan d’action en vue de la préparation des élections d’octobre 2006.

Reste à souhaiter que ces organisations ne soient pas les seules à prendre leurs responsabilités, et que les autres protagonistes, notamment les partis politiques et les médias, s’efforceront de mener une campagne digne, dans un climat serein et respectueux de tous.

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Résonances Africaines N° 5 - Juin 2006

[1] Parmi ces réseaux, on peut citer entre autres la Convention de la société civile ivoirienne, le FNDP (Forum national sur la dette et la pauvreté), le FIFEM (réseau de femmes), le RAPROJECI (réseau d’associations de jeunesse), etc.

Mise à jour: samedi 10 juin 2006

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