« A la ville, il y a une grande discrimination contre les élèves des campements du Mouvement des Sans Terre (MST) [1] » explique le jeune Olavo Rubens Pereira, habitant de l’acampamento [2] Chapadão. Un point de vue que partagent tous les militants du MST, comme Geni Batista Feltrin : « A la ville, mêmes les professeurs et les élèves traitent les enfants différemment parce qu’ils sont des “sans terre”. Dans notre école, ça n’existe pas, ils sont tous égaux. » Depuis 2003, dans neuf communes de l’état du Paraná au sud du Brésil, onze écoles accompagnent les familles sans terre dans leurs déplacements. Elles ont été mises en place par le secteur éducation du MST, avec le soutien du ministère brésilien de l’Education dans le cadre du projet Escola Itinerante [3].
Ces écoles dites « itinérantes » permettent d’officialiser cet enseignement auprès du gouvernement brésilien, car ainsi que l’explique Antenor Martins de Lima Filho, coordinateur du département Education rurale du ministère, « les enfants du MST recevaient déjà une éducation au sein du Mouvement dans les divers acampamentos, mais elle n’était pas reconnue légalement ». Les enfants du MST bénéficient ainsi d’une éducation de base suivant les critères nationaux, enrichie de la méthode et de la pédagogie du Mouvement. « Quand on sera grand, on aura besoin de savoir travailler la terre. C’est pour ça que je préfère étudier dans cette école, avec des professeurs qui nous enseignent l’agro-écologie, l’agriculture et l’environnement », raconte Ana Paula, une jeune sans terre de 11 ans. Ces écoles se distinguent également par leur fonctionnement. Le principe d’autogestion, une des caractéristiques du MST, s’applique aussi à ce programme : la gestion scolaire est démocratisée et les familles participent directement à la construction du projet pédagogique.
Dans l’acampamento Elias Gonçalves de Moura, comme dans tous les acampamentos où est installée une école itinérante, on constate combien ce projet permet aux enfants de développer leur personnalité et de préparer leur avenir. Pour Janete do Rosario, âgée de 12 ans, son parcours est tout tracé : « Quand je serai grande, je veux être avocate pour lutter pour les droits des sans terre et des petits producteurs ». Ce sentiment que l’éducation est cruciale dans les acampamentos du Mouvement et plus généralement en milieu rural au Brésil est partagé par tous et différentes actions sont menées pour faire partager ce projet. Le 30 mai dernier, lors d’un rassemblement dans la capitale de l’état en présence du gouverneur Roberto Requião, élèves et professeurs d’une des écoles ont présenté la pièce de théâtre Operário em Construção [4] et ont diffusé la projection d’un document vidéo produit en partenariat avec la chaîne Paraná Educativa afin de retracer deux ans et demi de travail au sein du projet Escola Itinerante.
Depuis le lancement du projet en 2003, les 11 écoles itinérantes du Paraná accueillent environ 2500 élèves (enfants, jeunes et adultes). Ils reçoivent une éducation primaire ainsi qu’un enseignement élémentaire et secondaire. Pour les 194 éducateurs qui animent les cours dans ces écoles, c’est aussi l’occasion de se perfectionner professionnellement, en suivant pour certains des cours de droit ou de pédagogie. De plus, l’éducation donnée aux enfants bénéficie aux petits mais aussi aux grands, puisqu’il n’est pas rare que les enfants transmettent à leurs parents ce qu’ils ont appris le jour même. Parfois « les parents ressentent même l’envie de retourner à l’école », explique la coordinatrice du secteur Education du MST, Izabel Grein. Aujourd’hui, les écoles itinérantes de l’état du Paraná et d’autres états sont un exemple pour d’autres acampamentos qui souhaitent ouvrir leur propre école itinérante et assurer l’éducation d’autres enfants du MST.
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