Recueillir la parole des communautés villageoises et assurer le lien entre celles-ci. Tusoco, réseau d’associations paysannes pour un tourisme solidaire a relevé le défi en publiant le premier numéro du bulletin d’information Tusocorreo, qui a vu le jour en juin 2008. L’affaire n’est pas simple : comment rapporter la parole des communautés enclavées dans les hauteurs de l’Altiplano bolivien, loin des câbles téléphoniques, antennes relais et connexions Internet ? La réponse de Tusoco est pour le moins originale, elle repose sur une organisation minutieuse et hasardeuse. L’aventure débute à Cochabamba, dans le centre de la Bolivie, quand une missive est confiée à un chauffeur de bus provincial qui la remet quelques centaines de kilomètres plus loin à un transporteur de nourriture, qui fait partie des seules personnes à se rendre dans les régions les plus reculées de l’Altiplano. Le transporteur, moyennant 5 bolivianos (environ 45 centimes d’euro), transporte et remet la missive au chef du village ou à un représentant d’une organisation paysanne. La plupart des villageois n’ayant jamais appris ni à écrire ni à lire, chaque communauté désigne une personne qui lit la missive lors d’une assemblée villageoise. De même, les villageois qui voudront faire part d’information au secrétariat de Tusoco, pourront aller voir cette personne qui se chargera d’écrire pour eux, pratique très courante en Bolivie.
Premier numéro de Tusocorreo, juin 2008. © Tusoco
Dans la missive, se trouvent les informations du réseau, mais aussi des questions sur l’actualité de la communauté. Cette dernière s’organise ensuite pour renvoyer la réponse à Cochabamba, au secrétariat général de Tusoco. Certaines communautés n’étant desservies par les transporteurs que deux fois par mois, la missive peut mettre jusqu’à trois semaines pour revenir à Tusoco si, bien sûr, le transporteur encore peu habitué à ce système n’oublie pas de la remettre…
Un moyen de communication ambitieux Le réseau Tusoco qui contribue à assurer des sources de revenus complémentaires aux communautés villageoises boliviennes, tout en valorisant la culture locale et l’espace naturel. Le journal a donc été conçu pour faciliter la communication entre les communautés villageoises qui s’en serviront pour rapporter l’actualité de leurs projets, mais aussi pour demander et donner des conseils aux autres membres du réseau. Un autre point fort de ce bulletin est, dans sa formulation comme dans son développement, la coopération nécessaire entre les membres du réseau, ce qui constitue la principale force d’une organisation.
C’est aussi la stratégie qu’a choisi le réseau Tusoco : réaliser des activités de manière associative, en pratique constante d’économie solidaire. Selon Sandro Saravía, coordinateur national de Tusoco, « les populations indigènes en Bolivie sont encore marginalisées et trop souvent tenues à l’écart des processus de prises de décisions. Il est primordial de développer des moyens de communication intégrant les communautés villageoises les plus isolées. Pour nous, la communication c’est la vie, l’essence même de notre existence. Nous sommes une population qui communique pour préserver ses valeurs, ce qui est essentiel dans une société en perpétuel changement dû à la mondialisation. De plus nous savons que l’information est la clef de toute forme de développement. » Le modèle de communication adopté par Tusoco revêt ainsi une nouvelle façon de penser, indispensable à la population bolivienne pour relever les défis du monde contemporain. C’est aussi le meilleur moyen d’assurer que les cultures, les savoirs et les savoir-faire ne seront pas perdus et que les populations rurales pourront prendre en main leur avenir, sans le subir.
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Résonances Latino-Américaines N° 25 - Juin 2008









