Dans la vallée du Yungas, en Bolivie, la vie communautaire évolue au son de la radio. Dans cette région montagneuse où les déplacements sont difficiles et où l’accès au téléphone reste rare, la radio est devenue le meilleur remède contre l’isolement géographique. Elle participe aussi à l’éducation populaire, dans une région où une majorité des jeunes ne vont pas à l’école. Avec plus de 300 000 auditeurs, radio Yungas, partenaire de Frères des Hommes Belgique, s’est imposée en 30 ans comme la plus grande station de la région. Son succès tient en grande partie à son fonctionnement interactif. Du lundi au dimanche, toutes les heures de 6h à 22h, les habitants de la vallée peuvent diffuser et recevoir toutes sortes d’informations, se dédicacer des chansons (la radio possède une discothèque impressionnante), prévenir leurs proches qu’ils sont bien arrivés à destination quand ils partent à la Paz par exemple.
Pour les habitants du Yungas, cette radio est vitale : avec quelques journaux, c’est l’une des uniques sources d’information et de communication qu’ils possèdent ! Au niveau local, l’information est émise en direct depuis les 54 bureaux répartis dans la vallée et des programmes variés sont proposés : agricoles, culturels, de santé, d’éducation, de développement, etc. A Chulumani, les reporters s’installent tous les matins de 10h à 12h à l’entrée du village, un haut lieu de passage, pour enregistrer l’émission « el Viajero ». Ils invitent alors les villageois et voyageurs de passage à s’exprimer en espagnol ou en aymara. Les paysans qui parcourent souvent de longues distances pour aller vendre leurs récoltes au marché en profitent pour rassurer leur famille. Certains passants envoient des appels à l’aide pour réparer leur maison tandis que d’autres lancent des invitations… La radio joue aussi un rôle déterminant dans la vie politique de ces 77 communautés du Yungas. Et son slogan en dit long sur les attentes qu’elle suscite : « radio Yungas, ton guide, ton compagnon, ton défenseur » (“Radio Yungas, tu Guia, tu compañia, tu defensor”)
Sachant que le Yungas est l’une des deux premières régions productrices de coca en Bolivie, avec le Chapare, beaucoup d’inquiétudes exprimées à l’antenne sont liées à la menace qui pèse sur les droits des cocaleros, les cultivateurs de coca. Les Etats-Unis font pression sur le gouvernement bolivien pour qu’il éradique cette plante et des forces armées sont régulièrement envoyées pour arracher les plantations de coca. Or le commerce des feuilles de coca est la principale source de revenu pour la majorité des paysans, mais surtout il représente un héritage culturel andin. Dans ce contexte difficile, radio Yungas joue un véritable rôle de médiateur. Par exemple, en juin 2001, suite à l’adoption de la loi 1008 destinée à éradiquer la coca, un conflit a éclaté entre l’armée et les cocaleros. Les deux camps se sont progressivement enfermés dans un cycle de violence. C’est finalement l’intervention de Guillermo Fortún, le Premier ministre, à l’antenne, qui a ouvert le dialogue avec les leaders de l’ADEPCOCA (Asociación DE Productores de COCA de Yungas / Association des producteurs de feuilles de coca).
Plus qu’un simple outil de communication, radio Yungas est devenue le porte-parole de nombreux groupes qui l’utilisent comme intermédiaire dans les relations avec les autorités locales. C’est aussi un instrument de lobbying, notamment pour faire pression sur les industriels de La Paz ou de Chulumani qui viennent vendre leurs produits sur les marchés du Yungas en imposant des prix trop élevés par rapport au pouvoir d’achat local. Au service de tous, radio Yungas est devenue incontournable pour les villageois de la vallée ; un phénomène de communication rurale qui n’est pas isolé : de nombreuses radios communautaires se sont développées ces dernières années dans toute l’Amérique latine.
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