Une expression symbolique simple et forte : Takatouf el Hadarri [1]. C’est le nom donné aux régies de quartier algériennes créées entre 2005 et 2006. Basées sur le modèle français du triptyque partenarial faisant participer les habitants, les collectivités locales et les bailleurs sociaux, elles interviennent dans la gestion d’un territoire bien défini. Une gestion collective à la fois technique (entretien, rénovation, embellissement…) et sociale (créer du lien social, de l’entraide, et de la citoyenneté…) faite par les habitants et pour les habitants de ces quartiers.
Un enrichissement qui se veut mutuel
Ce sont l’Agence algérienne de développement social (ADS) et le ministère algérien de la Solidarité nationale qui ont sollicité l’aide et l’expérience française du Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ) [2] en 2005 pour la création de trois régies en Algérie. Le 13 juillet 2006 une convention de partenariat est donc signée entre l’ADS et le CNRLQ afin d’accompagner le développement des régies de Constantine (quartier de Kouhil Lakhdar), d’Alger (Bachdjerah) et d’Oran (Sidi El Houari). Cette convention comprend la sensibilisation et la formation de cadres associatifs, du ministère, de l’ADS, ainsi que des représentants des communes concernées. Cette formation s’organise autour de rencontres entre les différents acteurs en France et en Algérie. En février 2007 ce travail d’accompagnement s’était centré sur la viabilité économique des projets Takatouf el Hadarri puis en avril et en mai la coopération s’est d’avantage portée sur le terrain, dans les quartiers mêmes. Zinn-Din Boukhénaïssi, délégué général du CNLRQ, précise qu’à terme l’apport sera mutuel. En effet si les régies françaises bénéficient d’une certaine expérience, Zinn-Din rappelle que « la solidarité qui existe entre les habitants des quartiers algériens [3] peut apporter beaucoup à nos régies. » Il n’y a donc pas une relation de professeur à élève dans ce partenariat mais une relation d’échange et d’enrichissement mutuel.
Régies de quartiers d’Oran / © CNLRQ
Encourager l’autonomie des habitants des quartiers
Le label Régie de quartier est une marque qui est la propriété du réseau, c’est-à-dire de chaque régie qui a adhéré au Comité national et qui a ratifié la charte nationale. C’est pour cette raison que le nom donné aux régies algériennes leur est propre. En effet le partenariat basé sur la formation n’est que la première étape du projet commun. La seconde étape doit démarrer fin 2007, elle correspond au démarrage effectif et autonome de Takatouf el Hadarri. Les trois régies algériennes ont leur “bassin de solidarité“, c’est-à-dire leur territoire d’intervention qui concerne en moyenne une population allant de 10 000 à 30 000 habitants. Depuis leur création, ces régies d’Oran, d’Alger et de Constantine sont chacune parrainée par celles de Bordeaux, Marseille et Grenoble comme pour encourager encore plus leur autonomie. Et ce n’est qu’un début. Si le projet fonctionne d’autres régies pourront émerger en Algérie.
L’extension internationale du concept de régies semble continuer son cheminement : « quatre territoires marocains et français ont été ciblés dans une logique du jumelage » [4] entre le CNLRQ et des associations marocaines. Et à l’instar du partenariat algérien un projet en lien avec le gouvernement marocain est en voie de réalisation. Du succès de ces initiatives en Algérie et ultérieurement au Maroc dépend l’avenir des régies de quartier dans d’autre pays. Comme le rappelle Zinn-Din, la terminologie Régie de quartier est empruntée au théâtre pour insister sur le fait que l’on désire mettre en scène différents acteurs, les articuler sur un projet commun afin qu’ils évoluent, non pas dans une même pièce, mais dans une autre conception du “vivre ensemble“.
A lire également :
Résonances Africaines N° 17 - Octobre 2007



























