Et de 5 pour le Congrès du MST. Du 11 au 15 juin dernier à Brasilia, le 5e congrès national du Mouvement des travailleurs sans terre a réuni près de 18 000 participants. L’aboutissement de longs mois de préparation, non sans embûches [1] ! Cinq jours d’échanges, d’ateliers, de débats… Une forte mobilisation participative qui s’est conclue sur une charte interpellant, une fois n’est pas coutume, autorités et agro-industriels. Bien au-delà d’un combat pour l’accès au foncier, le MST mène aujourd’hui une lutte pour la reconnaissance des droits humains.
Les militants du MST investissent l’avenue principale de Brasilia pour une marche en marge du congrès.© Frères des Hommes.
“Réforme agraire : pour la justice sociale et la souveraineté populaire’’, le slogan rouge annonce la couleur… Optimistes et déterminés, les sans terre campent sur leur position. Et camper, ils y sont habitués ! Présents dans 5 000 acampamentos [2] de tout le pays, plus de deux millions de paysans brésiliens attendent toujours des terres. Arrivés par bus entiers des quatre coins du Brésil, 18 000 d’entre eux ont investi les alentours du gymnase Nilson Nelson pour une semaine de mobilisation intense, appuyée par de nombreux sympathisants nationaux et internationaux, dont Frères des Hommes.
La mobilisation… dès le plus jeune âge
Pour les sans terre, la prise de conscience se manifeste beaucoup par l’approche culturelle ; un moyen d’expression pour ces millions de Brésiliens qui n’ont pas forcément usé les bancs de l’école. Le projet consiste à transmettre des idées et des valeurs à travers la culture, notamment via les mística (représentations culturelles engagées). C’est aussi une façon de cultiver un engagement sociopolitique commun tout en fortifiant l’identité et le sentiment d’appartenance à un projet de société.
« Ce qui est magique, c’est que tout le monde s’implique. Imaginez une salle bondée où chacun peut participer, poser sa question. On s’écoute, on se respecte... A chaque débat et mística, acteurs et médiateurs sont différents. Une vraie représentativité… un véritable échange », rapporte un membre de FdH. Ce n’est sûrement pas un hasard si le concept de démocratie participative est né à la fin des années 80 dans ce pays, à Porto Alegre.
Sur les milliers de participants au congrès il y avait environ 180 étrangers (la majorité provenant d’Amérique latine) représentant 60 à 80 organismes. Durant cette semaine, les 1500 enfants présents avaient aussi leur coin bien à eux au milieu de l’acampamento. Dès leur plus jeune âge, ils acquièrent une conscience sur les problématiques rurales. Plus tard viendra la politique. Différentes tentes leur proposaient activités, leçons, jeux… et garderie pour les plus jeunes.
Le quartier des ministères envahi
Le 14 juin, la vague rouge a déferlé sur l’avenue principale de Brasilia pour une marche d’une quinzaine de kilomètres, destination la place des Trois-Pouvoirs et le palais présidentiel. Les sans terre ont défilé devant les nombreux ministères qui bordent l’allée centrale de la capitale. Aujourd’hui, le mouvement prône de nombreuses alternatives et dépasse de loin la question de la réforme agraire. Sa vision s’articule autour de valeurs plus fondamentales comme le droit, la démocratie, le respect de l’homme et de la nature. Un engagement de tous les instants qui a reçu le plein soutien du PSOL (parti de gauche), selon un dirigeant interrogé.
Cette semaine d’échange, additionnée au travail effectué en amont par chaque Etat, a débouché sur une charte dans laquelle le MST affiche ses engagements. Il dénonce les latifundia et multinationales de l’agro-industrie, tout en remettant en question les projets gouvernementaux en matière de ruralité. Identité, unité, autonomie, force, persévérance… sont autant de mots pour qualifier ce mouvement brésilien, dans un pays où 1% de la population possède encore 46% des terres cultivables. « Le congrès nous offre la possibilité de réaffirmer la nécessité de renforcer les alliances sur des bases profondément humanistes » confie Jaime Amorim, du MST.
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Résonances Latino-Américaines N° 16 - Septembre 2007



























