2006 - Philippines, témoignage de l’engagement de Frères des Hommes avec PDRN et Philnet

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Les Philippines sont rarement citées parmi les pays les plus pauvres. Pourtant, 22% des Philippins souffrent de malnutrition et 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Comment une telle situation peut elle survenir dans un pays dit démocratique, à fort potentiel agricole, dont les ressources minières sont importantes ?

Les Philippines sont composées de près de 7000 îles regroupées en 3 grands groupes (Luzon, Mindanao et Visayas). D’origine volcanique et au relief très montagneux, elles sont situées dans une zone à forte activité sismique très fréquemment exposée à des typhons et inondations.

Malgré les désastres humains et économiques causés par ces catastrophes naturelles, aucune politique publique de prévention et de gestion des risques n’a réellement été mise en place par l’Etat philippin, qui est régi par des notables locaux et des élus nationaux clientélistes. L’absence de partis structurés porteurs de projets de société, l’élitisme, la corruption et l’insécurité (assassinats, enlèvements…) maintiennent ce pays dans une instabilité politique permanente. Depuis le décret de l’état d’urgence en février 2006, une chape de plomb est maintenue sur les libertés publiques, au nom de la prévention d’éventuels coups d’Etat. Face à ce déséquilibre chronique et malgré des élections au suffrage universel et une réelle liberté de la presse, plus de 5 millions de Philippins ont choisi le " vote par les pieds " (l’émigration). Vidé de sa main-d’œuvre, le pays connaît une très forte déstructuration sociale et une montée inquiétante de la consommation de biens grâce aux mandats envoyés par les émigrés (environ 10% du PIB), au détriment de l’investissement dans des activités productives.

Les Philippines, dont l’économie est dominée par de grands groupes familiaux, enregistrent une croissance annuelle forte (7% en 2007) et de grandes disparités entre régions et citoyens. L’impact réduit de la réforme agraire de 1988 (après celles de 1963 et 1972) dû à des oppositions farouches de ces grands groupes familiaux, l’insécurité, le manque d’investissement dans des infrastructures, la dégradation des sols… n’ont pas permis d’améliorer de manière significative les conditions de vie dans les campagnes où près de 50% des actifs sont employés dans l’agriculture (riz et, pour l’exportation, noix de coco, banane, ananas, mangue). C’est dans ce contexte que Frères des Hommes a décidé de s’investir auprès de PDRN (1) depuis 1994 et de Philnet depuis 2004, organisations très actives sur le terrain, afin de soutenir les populations les plus précaires dans leur combat pour une vie et un travail dignes, dans leur pays. Par des actions conjuguant prévention des risques naturels, lutte contre l’insécurité, création de revenus, négociations avec les autorités locales, nos partenaires sont partie prenante du travail mené par la société civile philippine pour un développement plus équitable du pays.

NOTES :
(1) PDRN : Pampanga Disaster Response Network (Réseau de lutte contre les catastrophes dans la région de Pampanga)

RETOUR DE MISSION…

Odile Stab, directrice de projets de Frères des Hommes, était en mission aux Philippines en septembre dernier. Elle témoigne du travail de nos partenaires.

"L’éruption du volcan Pinatubo de 1991 a vivement marqué les esprits autant que la géographie de la région de Pampanga. On voit encore des maisons ensevelies. Cette catastrophe a totalement bouleversé la zone tant du point de vue environnemental que de l’organisation des populations. Avant l’éruption c’était une zone développée, traversée par une rivière, où la production de riz était très importante. Depuis, les paysans ont du convertir leurs terres devenues non fertiles en zones de pisciculture et de petit élevage.

Depuis 1991, le développement économique et la prévention des risques sont intimement liés dans cette zone fréquemment inondée. Pour PDRN, préparer l’urgence est une action qui s’inscrit sur le long terme. Son but est d’organiser les populations afin qu’elles soient en mesure de répondre aux besoins immédiats. En cas d’inondations, les populations ont repéré les maisons en dur qui pouvaient accueillir les habitants de zones vraiment inondables ou ayant des habitats plus précaires. Ils peuvent également réquisitionner des bâtiments collectifs (mairie) et accéder à de petites pharmacies de village.

Des formations aux premiers secours sont dispensées par PDRN qui a d’ailleurs organisé un concours des meilleurs secouristes. Les lauréats étaient des jeunes femmes et hommes des villages alentours. Les solidarités qui se créent lors de moments difficiles sont un levier pour mener des projets économiques communs tels que des microentreprises. Par ailleurs, les femmes sont ,intégrées aux actions de sauvetage et de développement économique. Certaines m’ont dit combien l’accès à une activité économique a modifié leur place dans leur famille. Les relations familiales se sont apaisées et leur statut est plus reconnu.

Abattre les murs de tensions et de pauvreté

Sur l’île de Mindanao, sur fond de conflits pour l’accès aux ressources, des tensions existent entre les chrétiens et les musulmans. Dans les villages, des murs physiques et virtuels divisent la population. Les gens ne se mélangent pas. Depuis 2004, Philnet a mis en place un projet de développement économique qui intègre l’ensemble des parties dans un village où les relations semblaient un peu moins tendues qu’ailleurs.

Des résultats tangibles ont été observés en matière de dialogue et d’échanges entre les populations. Des murs sont tombés. Philnet compte s’appuyer sur cette expérience réussie pour essaimer sur l’île. Philnet travaille également à l’organisation des producteurs agricoles pour acheminer leurs produits biologiques à Manille. Ils souhaitent réaliser de la vente directe ou au moins une filière courte d’approvisionnement des villes depuis les campagnes. Les actions de soutien de Philnet aux communautés paysannes lui donnent toute légitimitépour faire ce travail de sensibilisation sur la réalité du monde rural en zones urbaines.

Ainsi, à Manille, Philnet vient de créer un lieu d’information où des événements, des expositions d’artisanat et des campagnes d’opinion seront proposés. Frères des Hommes va poursuivre son soutien à ces deux partenaires afin de leur permettre d’étendre le travail déjà réalisé à d’autres groupes, tout en mettant l’accent sur la nécessité d’amplifier leur formation en matière de négociation avec les autorités. Ainsi, ils deviendront de réels interlocuteurs pour le développement local."

NOS PARTENAIRES PHILIPPINS


PDNR : anticiper pour mieux gérer l’urgence
Depuis l’éruption meurtrière du volcan Pinatubo en 1991, PDRN accompagne les membres de 31 villages (plusieurs milliers de personnes) durement touchés par les inondations, typhons et autres catastrophes récurrentes dans la région de Pampanga. Par des formations à la prévention des risques et l’aide à la diversification des activités économiques, PDRN participe à leur autonomie.

Philnet : la paix par le dialogue et le développement économique
Depuis 2004, Philnet mène une action spécifique sur l’île de Mindanao, théâtre de violences intercommunautaires et symbole de la grande précarité dans laquelle vit la majorité de la population philippine. Les 3 000 membres des communautés de Mapanting et Buanaflores participent à des ateliers d’échanges interculturels et à des formations aux techniques de gestion des conflits. Conjointement, un système d’épargne et de crédit, un réseau de coopératives, des micro-entreprises et des magasins de proximité ouverts à tous ont été mis en place.

Témoignages & Dossiers, décembre 2006

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Mise à jour: dimanche 10 décembre 2006
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