Au Sénégal, pays confronté à l’austérité et à des programmes d’ajustement structurel imposés par les organisations internationales depuis les années 70, on assiste à une croissance très forte de la pauvreté qui se manifeste par une brièveté de la vie, un manque de ressources vitales, une exclusion galopante et un taux d’analphabétisme important. Cette dégradation du niveau de vie de la population s’observe particulièrement en milieu rural où le nombre de jeunes non, ou peu instruits, a augmenté de manière très significative. Peu attirés par la dureté desconditions de travail dans les campagnes, ces derniers tentent leur chance dans les centres urbains où ils se retrouvent très souvent marginalisés économiquement et, socialement exclus.
Une participation active des paysans
Face à cette situation, l’UGPM, organisation
partenaire locale de Frères des
Hommes, créée en 1985 à partir de quelques
petites organisations paysannes,
qui regroupe aujourd’hui 4000 membres
répartis en 42 groupements, a décidé de
s’attaquer à un enjeu clé pour ses membres
et leurs familles : redonner aux jeunes des
perspectives plus attractives de vie et de
revenus dans leurs villages, grâce à l’éducation
et à des formations professionnelles
adaptées, qui permettront, à terme, de
rendre les métiers agricoles et artisanaux
plus performants et rentables. Ce projet de
développement a été élaboré avec les
communautés paysannes, à partir d’études
réalisées par l’UGPM, sur la situation
sociale, économique et humaine de
la région de Thiès. En voici quelques
données significatives : 60% de la population
a moins de 20 ans, l’analphabétisme
touche 76,2% des femmes et 60 %
des hommes et, une grande partie des
personnes non instruites s’est déplacée en
ville à la recherche de moyens de survie.
Par ailleurs, des études plus techniques sur
l’inventaire des terres cultivables (conditions
d’accès à la terre, dimensions cultivables…),
des métiers artisanaux locaux
et sur le recensement des besoins des
marchés intérieurs (contraintes des
filières, niveaux de prix, technologies
nécessaires…) ont également été menées.
Face à ce constat humain difficile mais au
potentiel économique et social de cette
région, l’UGPM et ses membres ont défini
un projet visant non seulement l’éducation
et la formation, mais également
l’insertion économique et sociale des
jeunes. L’UGPM souhaite donner aux
bénéficiaires du projet des aptitudes
techniques qui leur permettront d’accéder
à un emploi ou à le créer, ainsi que les
moyens de se réintégrer dans leur communauté.
En effet, l’exclusion est un phénomène
relativement récent en Afrique et au
Sénégal, où la solidarité communautaire
constituait naguère un maillage vivant
qui maintenait solidement l’individu dans
le groupe.
| Les 4000 membres de l’Union des Groupements Paysans de Méckhé se sont mobilisés pour initier ce projet d’éducation de leurs enfants afin de favoriser leur insertion sociale et économique en milieu rural, revaloriser l’identité paysanne et les métiers artisanaux, augmenter les revenus des familles ainsi que les perspectives économiques de la région. |
Des activités concrètes
Ce projet soutenu par Frères des Hommes
France et Italie consistera en la construction
et l’équipement d’un centre de
formation sur un terrain de 16 hectares,
l’organisation de formations pratiques, et
l’accompagnement à l’installation des
bénéficiaires. Ces derniers seront prioritairement
de jeunes femmes et hommes
ruraux de 15 à 30 ans, non instruits ou très
tôt déscolarisés. Au cours des deux
premières années du projet (2003-2005),
près de 400 d’entre eux seront formés,
à raison de 40 élèves par cycle de 3 mois
(4 cycles / an), de 7 heures de cours par
jour, 5 jours par semaine. Par ailleurs,
environ 250 adultes producteurs agricoles
et artisans souhaitant se perfectionner
pourront suivre des cours spécifiques et
ponctuels, d’une à trois semaines. Les
enseignements qui seront donnés par des
formateurs professionnels seront assurés
en français et en wolof. Le centre de
formation sera composé de 10 salles de
classe, d’un dortoir, d’une salle de lecture,
d’un réfectoire et d’une cuisine. Des
ateliers de menuiserie, de métallurgie, de cordonnerie et de couture ainsi que
2 étables, 2 bergeries, 6 bassins de récupération
d’eau pluviale et 2 magasins de
stockage seront également construits afin
d’assurer les travaux et apprentissages
pratiques.
Un projet pédagogique ambitieux
Les principaux thèmes de formation
seront : l’agriculture (maîtrise des techniques
de culture, identification des
maladies et modalités d’utilisation de
produits phytosanitaires et biologiques
dans leur traitement…), l’élevage (anatomie
des animaux, techniques d’entretien,
d’alimentation, de suivi vétérinaire,
diagnostic des maladies…), la valorisation
des produits agricoles et d’élevage (techniques
de transformation et de conservation,
production d’aliments de bétail,
contraintes d’hygiène et réglementation,
stockage…), l’artisanat (techniques du
travail du bois, du fer, du cuir, du tissage…),
la maçonnerie , ainsi que la mécanique
agricole (fabrication de petits
appareils de transformation agricole,
semoir, égraineuse...). Ces formations
seront complétées en fonction des besoins,
de cours d’alphabétisation, de gestion,
de connaissance des filières d’approvisionnement
et de commercialisation,
d’analyse des marchés… Les enseignements
seront essentiellement pratiques
(3/4 du temps), adaptés (langue, équipements
et matériels à la portée technique et
financière des participants), et basés sur
les savoirs existants mais axés sur des activités
modernisées, novatrices, valorisant
au mieux les ressources locales. La partie
théorique servira surtout à maîtriser les
paramètres d’une bonne réalisation
pratique. Par ailleurs, l’UGPM et ses
membres ont d’emblée souhaité intégrer le
Centre de formation dans son environnement
local afin de contribuer à revaloriser
l’identité paysanne et à resserrer
les liens entre les jeunes et leur milieu
familial d’origine. Ainsi, une étroite collaboration
entre les formateurs, les familles
et les élèves sera mise en place pour que ces
derniers transmettent des connaissances
techniques qui permettront d’optimiser et
de développer les activités économiques
des exploitations familiales.
Tous les paramètres de ce projet visent
à soutenir ces jeunes et adultes ruraux dans
leur lutte contre la paupérisation de leurs
communautés, et pour la rénovation et la
rentabilisation des métiers ruraux. À court
et moyen termes, grâce à l’éducation et à la
formation reçues, ils participeront à leur
réinsertion sociale et économique. À plus
long terme, la croissance des petites entreprises
rurales que ces bénéficiaires mettront
eux-mêmes en place, favorisera l’augmentation
des revenus des familles, l’augmentation
de leur pouvoir d’achat et l’amélioration
de leurs conditions de vie.










