2002-2004 - Sénégal, la formation comme vecteur d’insertion sociale et économique pour les jeunes ruraux

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Au Sénégal, pays confronté à l’austérité et à des programmes d’ajustement structurel imposés par les organisations internationales depuis les années 70, on assiste à une croissance très forte de la pauvreté qui se manifeste par une brièveté de la vie, un manque de ressources vitales, une exclusion galopante et un taux d’analphabétisme important. Cette dégradation du niveau de vie de la population s’observe particulièrement en milieu rural où le nombre de jeunes non, ou peu instruits, a augmenté de manière très significative. Peu attirés par la dureté desconditions de travail dans les campagnes, ces derniers tentent leur chance dans les centres urbains où ils se retrouvent très souvent marginalisés économiquement et, socialement exclus.

Une participation active des paysans


Face à cette situation, l’UGPM, organisation partenaire locale de Frères des Hommes, créée en 1985 à partir de quelques petites organisations paysannes, qui regroupe aujourd’hui 4000 membres répartis en 42 groupements, a décidé de s’attaquer à un enjeu clé pour ses membres et leurs familles : redonner aux jeunes des perspectives plus attractives de vie et de revenus dans leurs villages, grâce à l’éducation et à des formations professionnelles adaptées, qui permettront, à terme, de rendre les métiers agricoles et artisanaux plus performants et rentables. Ce projet de développement a été élaboré avec les communautés paysannes, à partir d’études réalisées par l’UGPM, sur la situation sociale, économique et humaine de la région de Thiès. En voici quelques données significatives : 60% de la population a moins de 20 ans, l’analphabétisme touche 76,2% des femmes et 60 % des hommes et, une grande partie des personnes non instruites s’est déplacée en ville à la recherche de moyens de survie. Par ailleurs, des études plus techniques sur l’inventaire des terres cultivables (conditions d’accès à la terre, dimensions cultivables…), des métiers artisanaux locaux et sur le recensement des besoins des marchés intérieurs (contraintes des filières, niveaux de prix, technologies nécessaires…) ont également été menées. Face à ce constat humain difficile mais au potentiel économique et social de cette région, l’UGPM et ses membres ont défini un projet visant non seulement l’éducation et la formation, mais également l’insertion économique et sociale des jeunes. L’UGPM souhaite donner aux bénéficiaires du projet des aptitudes techniques qui leur permettront d’accéder à un emploi ou à le créer, ainsi que les moyens de se réintégrer dans leur communauté. En effet, l’exclusion est un phénomène relativement récent en Afrique et au Sénégal, où la solidarité communautaire constituait naguère un maillage vivant qui maintenait solidement l’individu dans le groupe.

Les 4000 membres de l’Union des Groupements Paysans de Méckhé se sont mobilisés pour initier ce projet d’éducation de leurs enfants afin de favoriser leur insertion sociale et économique en milieu rural, revaloriser l’identité paysanne et les métiers artisanaux, augmenter les revenus des familles ainsi que les perspectives économiques de la région.

Des activités concrètes


Ce projet soutenu par Frères des Hommes France et Italie consistera en la construction et l’équipement d’un centre de formation sur un terrain de 16 hectares, l’organisation de formations pratiques, et l’accompagnement à l’installation des bénéficiaires. Ces derniers seront prioritairement de jeunes femmes et hommes ruraux de 15 à 30 ans, non instruits ou très tôt déscolarisés. Au cours des deux premières années du projet (2003-2005), près de 400 d’entre eux seront formés, à raison de 40 élèves par cycle de 3 mois (4 cycles / an), de 7 heures de cours par jour, 5 jours par semaine. Par ailleurs, environ 250 adultes producteurs agricoles et artisans souhaitant se perfectionner pourront suivre des cours spécifiques et ponctuels, d’une à trois semaines. Les enseignements qui seront donnés par des formateurs professionnels seront assurés en français et en wolof. Le centre de formation sera composé de 10 salles de classe, d’un dortoir, d’une salle de lecture, d’un réfectoire et d’une cuisine. Des ateliers de menuiserie, de métallurgie, de cordonnerie et de couture ainsi que 2 étables, 2 bergeries, 6 bassins de récupération d’eau pluviale et 2 magasins de stockage seront également construits afin d’assurer les travaux et apprentissages pratiques.

Un projet pédagogique ambitieux


Les principaux thèmes de formation seront : l’agriculture (maîtrise des techniques de culture, identification des maladies et modalités d’utilisation de produits phytosanitaires et biologiques dans leur traitement…), l’élevage (anatomie des animaux, techniques d’entretien, d’alimentation, de suivi vétérinaire, diagnostic des maladies…), la valorisation des produits agricoles et d’élevage (techniques de transformation et de conservation, production d’aliments de bétail, contraintes d’hygiène et réglementation, stockage…), l’artisanat (techniques du travail du bois, du fer, du cuir, du tissage…), la maçonnerie , ainsi que la mécanique agricole (fabrication de petits appareils de transformation agricole, semoir, égraineuse...). Ces formations seront complétées en fonction des besoins, de cours d’alphabétisation, de gestion, de connaissance des filières d’approvisionnement et de commercialisation, d’analyse des marchés… Les enseignements seront essentiellement pratiques (3/4 du temps), adaptés (langue, équipements et matériels à la portée technique et financière des participants), et basés sur les savoirs existants mais axés sur des activités modernisées, novatrices, valorisant au mieux les ressources locales. La partie théorique servira surtout à maîtriser les paramètres d’une bonne réalisation pratique. Par ailleurs, l’UGPM et ses membres ont d’emblée souhaité intégrer le Centre de formation dans son environnement local afin de contribuer à revaloriser l’identité paysanne et à resserrer les liens entre les jeunes et leur milieu familial d’origine. Ainsi, une étroite collaboration entre les formateurs, les familles et les élèves sera mise en place pour que ces derniers transmettent des connaissances techniques qui permettront d’optimiser et de développer les activités économiques des exploitations familiales. Tous les paramètres de ce projet visent à soutenir ces jeunes et adultes ruraux dans leur lutte contre la paupérisation de leurs communautés, et pour la rénovation et la rentabilisation des métiers ruraux. À court et moyen termes, grâce à l’éducation et à la formation reçues, ils participeront à leur réinsertion sociale et économique. À plus long terme, la croissance des petites entreprises rurales que ces bénéficiaires mettront eux-mêmes en place, favorisera l’augmentation des revenus des familles, l’augmentation de leur pouvoir d’achat et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Mise à jour: dimanche 16 mars 2003

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