2003-2006 - Sénégal, Frères des Hommes accompagne les menuisiers acteurs de changement social

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Frères des Hommes accompagne les artisans menuisiers acteurs de changement social.

Ce programme d’activités a fait l’objet d’un Témoignages et Dossiers au printemps 2008.

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Le Sénégal est peuplé de 12 millions d’habitants. Aujourd’hui, près d’un Sénégalais sur deux vit en ville, et un sur quatre vit dans la presqu’île de Dakar. La tendance à l’exode rural ne faiblit pas en raison de conditions socio-économiques très défavorables aux familles de paysans. En ville, l’industrie et les services ne sont pas en mesure de donner du travail à toute cette population. Faute de perspectives économiques, nombreux sont les Sénégalais qui tentent d’atteindre les côtes européennes, au péril de leur vie. Alors que l’école n’est pas en mesure de proposer un avenir professionnel à tous les jeunes Sénégalais, le secteur artisanal est devenu en milieu urbain la première école de formation et la principale source d’emploi : l’apprentissage apparaît comme une voie qui peut offrir à ces jeunes un avenir et contribuer au développement de l’économie sénégalaise. Les entreprises artisanales apportent une réponse durable et concrète aux problèmes du chômage et à la lutte contre la pauvreté : elles forment des jeunes exclus du système scolaire souvent analphabètes, offrent des produits adaptés au marché local, valorisent le patrimoine culturel et les ressources du pays, créent des emplois et par là-même proposent une alternative à l’émigration.

Même si le secteur artisanal de la menuiserie est un maillon important de l’économie sénégalaise, il doit être renforcé. Au Sénégal, l’environnement économique très concurrentiel impose de plus en plus des courts délais d’exécution avec des obligations de garanties bancaires et des procédures administratives complexes. Les organisations professionnelles, récemment créées, n’ont pas encore les moyens de défendre efficacement les intérêts du secteur. Par ailleurs, les formations des apprentis et artisans se font sur le tas et ne leur donnent pas un niveau de qualification à la hauteur de leurs besoins.

S’appuyant sur les capacités de lutte contre la pauvreté du secteur artisanal de la menuiserie, Frères des Hommes et la Kora- PRD s’investissent sur le renforcement des organisations professionnelles de la menuiserie dans leur développement et leur structuration et sur la formation des apprentis. Durant l’année 2007, nous avons élaboré ensemble un programme d’activités 2008-2010 qui s’appuie sur les résultats du programme mené entre juillet 2003 et juillet 2006. C’est pour nous l’occasion de revenir sur les activités menées et les principaux résultats. Vous retrouverez dans ce dossier spécial bilan, perspectives et témoignages du programme que nous avons mené durant ces trois années avec ces artisans menuisiers.

Formation des apprentis et renforcement des organisations professionnelles

Le programme de développement du secteur de la menuiserie artisanale mis en place par Frères des Hommes et la Kora-PRD entre juillet 2003 et juillet 2006, a atteint les deux objectifs qu’il s’était fixés : l’amélioration de la formation dispensée par les maîtres-artisans grâce à des cours du soir ; le renforcement de trois organisations professionnelles de menuisiers grâce à leur implication dans l’organisation de la formation et grâce à l’amorce d’une stratégie de commercialisation des produits artisanaux sur le marché local. Ainsi, nous avons directement contribué à augmenter la productivité des artisans, renforcé le rôle social joué par les maîtres-artisans en termes de formation et d’insertion sociale des jeunes et lutté concrètement contre la pauvreté.

Des formations pour compléter l’apprentissage dans les ateliers

Les formations ont donné les moyens aux artisans menuisiers de proposer à leurs jeunes apprentis, souvent des garçons déscolarisés et vulnérables, des outils complémentaires favorisant leur insertion économique et sociale. Le contenu des cours proposés était complémentaire à la transmission des savoir-faire dans les ateliers par les maîtres-artisans. Ce sont ces derniers qui ont pris en charge l’organisation des formations : leur participation active a permis de renforcer collectivement le secteur pour lui donner plus de poids dans ses négociations avec les autorités publiques.

Les sessions de formation ont été proposées aux apprentis de plus de 250 ateliers membres de trois associations professionnelles : le groupement d’intérêt économique Diocko à Dakar, le Groupement des artisans professionnels du bois (GAPB) à Thiès et l’Association des artisans et entrepreneurs de Guinaw Rail (AAMEGR). Le groupement Diocko à Dakar avait déjà conduit un premier projet de formation avec la Kora-PRD et Frères des Hommes entre 2000 et 2003, il a pu faire bénéficier les deux autres organisations de son expérience. De plus, le fait que l’AAMEGR regroupe des artisans de divers corps de métiers a permis d’étendre les formations aux menuisiers métalliques.

En trois ans, 620 apprentis formés

Les sessions de formation ont regroupé différents types de cours, organisés en fonction des besoins des apprentis et maîtres-artisans.

Les cours de calcul et de géométrie appliqués à la menuiserie ont permis aux apprentis d’acquérir des savoirs de base, notamment la maîtrise du calcul par l’apprentissage des mesures et volumes ou de l’utilisation de machines à calculer. Pendant ces cours, ils ont aussi appris à établir des devis : estimation des quantités de bois nécessaires, des temps de fabrication et des coûts de revient. Certains maîtres-artisans ou apprentis en fin d’apprentissage ont suivi une spécialisation en gestion afin d’aborder des questions comme le cadre juridique des organisations artisanales au Sénégal, la rédaction de comptes-rendus ou la recherche de partenariat.

Les cours de dessin technique ont rencontré un franc succès. Les formateurs ont appris aux apprentis à s’exprimer à travers le traçage et à être plus précis pour le découpage du bois et du fer. La question du traçage est cruciale en matière de menuiserie. Une bonne connaissance des méthodes de traçage au millimètre permet d’éviter le gaspillage de matière première, de produire des quantités importantes de produits avec des dimensions identiques, de développer les capacités de création sur la base decroquis, de lire les plans des architectes ou géomètres. Autant de connaissances indispensables pour s’adapter aux exigences du marché. Les cours de sculpture ont été les plus appréciés : les compétences acquises par les apprentis sont valorisées car elles permettent de s’adapter à la forte demande de meubles sculptés. Dans son atelier, le jeune apprenti formé acquiert ainsi une nouvelle reconnaissance.

Des cours de travaux pratiques sont venus compléter les cours théoriques : les apprentis ont pu expérimenter des techniques différentes de montage et de fabrication de nouveaux produits comme le mobilier scolaire ou de bureau, qui correspondent à des marchés encore peu investis par les artisans menuisiers. Travailler ensemble a été l’occasion d’améliorer les techniques d’organisation de la production : approvisionnement, préparation et suivi des commandes, répartition des tâches dans l’atelier pour être en mesure de produire en quantité tout en respectant les délais. Toutes ces formations ont donné aux apprentis des connaissances apportant une valeur ajoutée à la formation dispensée par les maîtres-artisans dans les ateliers.

Enfin, et parce que Frères des Hommes et la Kora-PRD avions comme objectif premier l’insertion sociale et professionnelle ainsi que le développement personnel des jeunes apprentis, les formations ont été accompagnées d’un important volet de cours d’alphabétisation en français permettant aux jeunes, une fois terminée leur période d’apprentissage, d’être mieux en capacité d’ouvrir leur propre atelier en s’appuyant sur les contacts créés et les connaissances développées en formation.

Par le soutien à ce type de formations, nous inscrivons notre action dans une stratégie plus large permettant aux artisans de prendre toute leur place dans la transformation et le développement social et économique de la société sénégalaise. Ainsi, la Kora-PRD a étudié les aspects liés à l’accès au marché afin que les artisans, en connaissant mieux les opportunités et contraintes du marché, puissent s’y adapter et y répondre.

Maîtres-artisans, familles et apprentis regroupés dans les comités de formation

Parce qu’il est fondamental que les populations concernées puissent à terme gérer elles-mêmes les formations, notamment en obtenant des financements publics, Frères des Hommes et la Kora-PRD ont fait en sorte que la mise en pratique des formations soit gérée à un niveau local par des comités de formation. Ceux-ci sont composés d’artisans, de formateurs, de parents d’apprentis et de quelques apprentis ; ils font le lien entre la Kora-PRD et les apprentis formés. De nombreuses missions leur sont confiées comme le recrutement des apprentis et des formateurs, la recherche de lieux de formation, la participation à la gestion des formations et au suivi des cours ainsi que le suivi des apprentis. Ces comités, dont le démarrage a été accompagné par la Kora-PRD, sont aujourd’hui des acteurs de la structuration de l’artisanat.

Les formations, un atout de poids pour les organisations professionnelles dans l’influence des politiques publiques

La Kora-PRD dans ce programme a beaucoup travaillé afin de développer la prise en charge de la formation professionnelle par les autorités publiques compétentes. Ce travail a conduit à l’émergence de la première organisation professionnelle d’envergure nationale au Sénégal, l’Organisation nationale des professionnels du bois (ONP-Bois). Elle regroupe les organisations professionnelles de neuf villes du Sénégal, et des organisations qui ont porté le programme de formation en sont membres. L’ONP-Bois structure la filière « bois » et défend les intérêts des artisans. La prise en charge par une politique publique de la formation professionnelle est une de ses revendications majeures. C’est pourquoi L’ONP-Bois est en négociation au plus haut niveau avec les instances nationales sénégalaises. Le plaidoyer est facilité grâce aux formations déjà mises en place par la Kora-PRD et Frères des Hommes. En effet, l’expérience que nous avons menée prouve qu’il est possible, mais aussi rentable et profitable pour le Sénégal, de développer des formations professionnelles de qualité à destination des jeunes sans qualification.

2008 : un engagement renouvelé des artisans menuisiers dans l’ONP-Bois

La création de l’ONP-Bois et la capacité de gestion des formations des apprentis par les organisations professionnelles sont des résultats concrets sur lesquels s’appuie le projet d’activités 2008-2011 de la Kora- PRD et de Frères des Hommes. Tout en consolidant la mise en place de formations techniques afin de s’assurer de leur pérennité, le nouveau projet dont nous espérons le financement à compter de 2008 pourra se concentrer sur un objectif plus large de consolidation de cet acteur professionnel citoyen qu’est l’ONP-Bois. Nous souhaitons étendre le système de formation sur trois nouveaux sites en même temps qu’il se consolidera sur les sites existants, et nous gardons l’objectif initial de mettre les comités de formations au coeur du processus afin de permettre aux intéressés de les prendre, à terme, en charge. Le deuxième – et principal – volet du projet visera à donner à l’ONP-Bois les moyens de renforcer son assise (extension de sa base, définition d’une charte de l’apprentissage afin de tendre vers une harmonisation des pratiques, études sur la protection sociale) et d’influer dans le débat national pour une mise en place effective d’une politique sectorielle d’appui au secteur de la menuiserie (formations, protection sociale, promotion du marché et des produits locaux).

La Kora-PRD
Frères des Hommes travaille au Sénégal en partenariat avec la Kora-Programmes Ressources Développement (Kora-PRD) depuis 2001. Organisation non gouvernementale créée en 1995, la Kora-PRD est un acteur de changement économique et social au Sénégal par ses activités de renforcement du secteur artisanal. Son engagement prend des formes variées : formation, accompagnement pour l’accès au crédit, négociation avec les pouvoirs publics, mutualisation de moyens dévolus à l’approvisionnement en matière première, à la production et à la commercialisation. La Kora-PRD soutient de nombreuses organisations professionnelles dans une dizaine de régions du Sénégal : ce sont ainsi des centaines d’ateliers et des milliers d’artisans et apprentis qui bénéficient de ses activités.
Mise à jour: mardi 22 avril 2008

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