Depuis des décennies, les relations économiques mondiales favorisent un développement inégal qui entraîne une paupérisation grandissante dans le monde. Face à ce constat, Frères des Hommes et ses partenaires mènent des actions de développement durable afin de lutter ensemble contre la misère. En favorisant l’implication des bénéficiaires ou principaux acteurs, dans l’identification des besoins, l’élaboration et la réalisation de ces projets, nous souhaitons combattre efficacement l’exclusion et contribuer à des mutations sociales et politiques, par l’appui à l’émergence d’une véritable citoyenneté.

Aujourd’hui, près de 70% des populations du Sud et des pans croissants de la population des pays occidentaux sont fortement marginalisés. Contraints à vivre dans des conditions humaines et matérielles déplorables, des millions de familles ont mis en place des activités économiques (petits commerces, artisanat, recyclage…), résultant d’un foisonnement d’idées et d’ingéniosité individuelles et collectives qui leur permettent de survivre en augmentant leur niveau de revenus.
Malgré la grande diversité de contextes où vivent et œuvrent nos partenaires africains, asiatiques, latino-américains et caraïbéens, nous avons observé de fortes convergences d’analyse et de pratiques du développement. Nous avons mené ensemble une réflexion sur le rôle que peut jouer cette économie dans le développement durable au niveau des individus, des organisations sociales, des communautés et des politiques publiques locales à, internationales.
En effet, comme Frères des Hommes, nos partenaires reconnaissent la nécessité de ne pas réduire leur travail à une dimension purement économique et refusent d’établir un clivage entre l’économique,le politique et le social.
Vivre de son travail et exercer son rôle de citoyen
Dans un contexte mondial de forte précarité des revenus et de l’emploi, les projets d’appui à l’organisation de petits paysans, de micro-entrepreneurs en milieu urbain… se sont massivement développés pour répondre avant tout à des besoins de survie. Cette réponse au niveau économique est certes l’une de leurs principales vertus mais ils sont aussi une option sociale et politique qui vise à la reconnaissance et à la défense des droits auxquels tout être humain peut prétendre.
Par exemple, en République Démocratique du Congo, pays connaissant une grave crise économique et un climat permanent d’insécurité depuis 1996, FDH accompagne l’APEF dans son travail auprès des femmes à faibles revenus. Grâce à des formations et à l’instauration d’un système de micro-crédits solidaires, elles créent et diversifient leurs activités (petits commerces de produits alimentaires, teinture, broderie…). En effet, ce secteur dit « informel » de l’économie est devenu essentiel pour permettre à la population de sortir de la misère. Face à la mobilisation et à la perte d’emplois de leurs maris, ces femmes ont été amenées à assurer la charge de l’entretien de leur famille. Ce combat économique a été pour elles une opportunité pour rompre avec la marginalisation dont elles étaient victimes et obtenir des droits à la mesure des responsabilités qu’elles assument. Une nouvelle répartition des tâches est apparue dans les familles et elles sont maintenant admises comme des acteurs économiques et des interlocuteurs par les autorités locales... Outre ces volets essentiels à la survie de centaines de familles, les membres de l’APEF ont choisi d’apporter une contribution permanente à la construction de la paix dans leur région, en favorisant l’intégration et le dialogue entre femmes de confessions et d’ethnies différentes.
En Bolivie, au cours des années 80, des milliers de paysans ont connu une forte paupérisation due au manque de terres exploitables et à la baisse des prix agricoles. Ils pensaient n’avoir pour alternative que l’exil vers les bidonvilles des grandes villes ou la culture illégale de la coca. Pour lutter contre ces logiques négatives, des organisations paysannes, dont notre partenaire CORACA-PROTAL, ont décidé de reconstituer des communautés sur des terres non occupées et à fort potentiel agricole afin de relancer la production de cultures vivrières et permettre à ces familles d’accéder à des ressources économiques et à une reconnaissance sociale.
Après avoir défriché, construit des habitations, écoles, points d’eau potable…, ces familles soucieuses d’exploiter les ressources de manière rationnelle, ont réussi leur pari. Aujourd’hui, elles ont relancé la production du « locoto » (piment local) et du miel et en gèrent toutes les étapes, de la production à la commercialisation. D’origine Quechua et Aymara, ces familles ont décidé de développer un tourisme alternatif local en permettant aux touristes de connaître et reconnaître leur culture et leur expérience.
Ces deux exemples concrets de réponses durables à des besoins conjoncturels et structurels ne se réduisent pas à leur seul impact économique. En effet, ils contribuent au dépassement d’épreuves de manière collective, à la promotion d’intérêts individuels et communs, au développement de capacités d’organisation de populations marginalisées et à la valorisation de la co-responsabilité.
La formation : un facteur clé du développement durable
Dans tous les projets soutenus par Frères des Hommes, l’individu est appréhendé comme un « sujet social » dont la formation sous toutes ses formes, est un moyen de valorisation personnelle (renforcement des identités, des valeurs, des références culturelles et ethniques, reconnaissance du rôle des femmes…), de développement de compétences techniques et professionnelles (alphabétisation, organisation, gestion, production, épargne-crédit…) et de meilleure compréhension des mécanismes de prise de décision, jusque là vécus comme une fatalité (politiques publiques, définition de prix agricoles, droit…).
En Inde, où les Dalits ou Intouchables subissent des discriminations de toute nature qui les cantonnent dans la misère et la peur, certains se sont regroupés pour fonder FEDINA, organisation partenaire de FDH. Grâce à un travail de sensibilisation et de formation (alphabétisation, droit du travail, épargne…) des milliers d’individus ont pris conscience de leurs droits humains, sociaux, économiques et politiques, et de leur légitimité à les défendre, tant au niveau individuel que collectif. Par leur lutte commune pour l’accès à la terre, aux ressources naturelles, à l’éducation et aux moyens de développer des activités économiques, des Dalits ont vu leur situation économique progresser, mais surtout, ils ont retrouvé une véritable estime individuelle et collective d’eux-mêmes.
Outre cet impact en matière de construction d’une citoyenneté et d’intégration sociale, la formation permet aux bénéficiaires, dont le niveau scolaire et la maîtrise des technologies est souvent très faible, d’accéder à des outils qui accroissent leur capacité de production, de commercialisation et leur compétitivité.
En 1996, la plus grande vague de privatisations qu’ait connue le Pérou a conduit des milliers d’ouvriers de Lima, au chômage. Frères des Hommes et son partenaire CENCA ont alors décidé de créer un lieu de multi-services destiné à soutenir ces ouvriers dans leur projet de création de micro-entreprises (vélos-taxis, ateliers de confection, vente ambulante…). Des formations pratiques et théoriques en matière de gestion, de négociation, d’achat groupé de matière première, de valorisation de produits, d’organisation sociale…, leur ont été dispensées.
2 200 petites entreprises qui font vivre plus de 22 000 personnes ont déjà vu le jour et se sont organisées en associations.
Participer à l’espace citoyen pour favoriser l’émergence de politiques publiques nouvelles
Dans un contexte mondial où les lieux de décision (OMC, FMI…) et les critères de référence sont définis par un nombre réduit d’individus et de structures, ne raisonner qu’à l’échelle micro et locale ne suffit pas, pour mener à bien un véritable développement s’inscrivant dans la durée.
Face à ce grand défi, nous avons opté avec nos partenaires pour le développement des capacités des acteurs de l’économie populaire afin de favoriser leur participation au débat public, à l’avancée démocratique et, obtenir à terme, des politiques publiques locales, régionales, nationales et internationales, qui leur soient plus favorables.
En Indonésie, notre partenaire, KPA a axé son travail sur l’accès à la terre et le soutien à l’organisation, la production et la commercialisation, pour les petits paysans. Conjointement à ce travail à la base, leurs actions de lobby et de concertation avec les autorités nationales, ont déjà permis en 2002, l’adoption d’un décret sur la réforme agraire et la gestion des ressources naturelles. Une victoire importante pour les 61% d’indonésiens qui vivent en milieu rural, dont la violation des droits à l’accès et à la valorisation de la terre les réduit à vivre dans des conditions misérables.
Depuis plus de 40 ans, Frères des Hommes soutient les populations en grandes difficultés qui composent nos organisations partenaires, afin de favoriser leur autonomie, une meilleure compréhension et maîtrise de leurs destins, et l’amélioration significative et durable de leurs conditions de vie. Malgré des contextes sociaux, économiques et politiques parfois très difficiles, nos partenaires sont parvenus à impulser de véritables mutations individuelles et collectives qui ont contribué, en Afrique, en Asie, en Amérique latine et aux Caraïbes, à l’émergence d’acteurs-citoyens.
APEF : Association pour la Promotion de l’Entreprenariat Féminin
CORACA PROTAL : Corporation Paysanne d’Agriculteurs et d’Eleveurs
FEDINA/RGAS : Réseau de Groupes d’Action Sociale
CENCA : Centre de Promotion et de Développement de l’Entreprise
KPA : Consortium pour la Réforme Agraire









